par Henri Jeantet, fondateur, stratégie & design.

Il fait moins beau à Dublin qu’à Austin, mais la foule est la même. Enbadgée, pressée, collée à son écran, courant de conférence en pitch en meeting, mangeant debout, dans la chaleur moite des halls, des sandwichs publicitaires.

Au delà des conférences, le Websummit est avant tout un immense terrain de démonstration pour les Start-ups, alignées en rang d’oignon sur des stands d’un mètre de large. Un foisonnement qui donne le vertige, tant les propositions abondent mais aussi se recoupent et se croisent, donnant le sentiment d’une nuée de micro-services de niches, performants mais ultra-spécialisés. Un foisonnement qui renforce le sentiment, aussi, de l’accélération de la technologie, de la rapidité du cycle de vie des entreprises et le risque permanent d’obsolescence qui obère tout choix technologique.

Un foisonnement, enfin, qui pose la question de la compatibilité entre les grandes entreprises et les start-up, tant l’agilité que suppose une collaboration est aujourd’hui inaccessibles à la majorité des grandes entreprises. Pas tant pour des raisons culturelles, mais pour des raisons technologiques. Leur architecture IT n’est pas aujourd’hui, majoritairement, capable de s’interfacer simplement avec des services tiers, parce qu’elle n’a pas été pensée pour cela. Pour pouvoir avancer, les entreprises vont devoir construire des architectures IT distribuées, adaptées à un monde collaboratif et véloce. Pouvoir, alors, brancher et débrancher en quelques heures une solution de paiement innovante, intégrer des solutions tierces de d’intelligence artificielles, en somme pouvoir intégrer la communauté des start-ups dans leur business, et pas seulement dans leur communication ou leur plan d’investissement.

Cette capacité à distribuer les fonctions d’un système en petites entités autonomes est désormais la condition centrale pour gérer la complexité massive (et qui ne va cesser de se renforcer) des problèmes auxquels font face les entreprises, et embarquer un écosystème qui brique, par brique, peut contribuer à les résoudre.

Mais la question de la distribution ne s’arrête pas là. Elle touche aussi les start-up, et les entreprises, à un autre niveau : celui des talents, des compétences, et de la conception. Quand Andrei Herasimchuk, un des designers les plus reconnus de la Silicon Valley, encourage les designers à coder, quand Golden Krishna, de Zappos, condamne le screen-based thinking, et encourage les concepteurs d’interface à concevoir des services, ils incitent chaque métier à se rapprocher des autres pour embrasser l’intégralité du problème. Le problème, cependant, de cette logique, c’est que la complexité du monde ne permet plus l’encyclopédisme. Que le détenteur du savoir universel n’existera plus. Plutôt que de vouloir faire de chaque employé un génie multi-compétences, peut être devons nous reconsidérer la façon dont nous qualifions les compétences. Qualifier les individus par la nature des problèmes qu’ils peuvent résoudre, découper la complexité globale en problèmes, et les confier. Peut importe que l’on soit UX, Designer, Codeur, c’est le type de problème que l’on peut résoudre qui permettra de se définir, et de construire un modèle de travail réellement distribué.

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