par Henri Jeantet, fondateur, stratégie & design.

Les Fintech attirent-elles la pluie ? Au dernier jour du Websummit, l’effervescence qui entoure les start-ups et conférenciers contraste avec le temps maussade qui règne à l’extérieur, et s’annonce pour les banquiers.

En effet, l’enthousiasme de la foule pour toute initiative qui vient affronter le monopole supposé des banques témoigne autant des perspectives qu’elles offrent que du rejet profond que les banquiers suscitent. Et les initiatives sont innombrables, qui viennent petit à petit détricoter le métier des banques généralistes pour se saisir d’un sujet et le transformer. Qu’il s’agisse de paiement, de transfert, d’investissement, de sécurité, de crédit, la tendance est bien à la fragmentation d’un métier dont la valeur tenait dans sa complétude.

Une fragmentation qui va jusqu’à l’individu, quand la nouvelle plateforme d’eToro fait de chaque investisseur un modèle que je peux copier (une sorte de titrisation des clients), et le transforme potentiellement en gestionnaire passif de millions de dollars. Ou quand chacun peut remplacer sa carte de crédit par du Peer-to-peer lending avec Coinluck.
Une fragmentation qui voit Fidor, banque allemande, gérer 70000 clients avec une équipe de 20 personnes, de façon rentable. Au prix d’un investissement de 18 mois pour obtenir une licence, et de 10 millions d’euros d’investissement.
Une fragmentation qui ouvre la voie à des nouveaux entrants, quand Ondeck, start-ups de crédits aux PME, s’associe à Intuit, éditeur de services de gestions, pour proposer des crédits en se basant sur les données de ces mêmes services.

Désormais, il n’y a plus besoin d’être gros pour être rentable, une fois supprimées les inefficiences chroniques des banques traditionnelles, en terme d’organisation, de technologies ou de modèle économique. C’est le cœur de la révolution numérique, et aucun marché n’est plus propice à ce changement que les métiers de l’argent, qui sont avant tout des métiers d’intermédiation.
A l’instar de nombreux secteurs, la banque et la finance se dirigent donc vers un marché ultra-fragmenté, régenté par des plateformes d’agrégation permettant aux clients finaux d’accéder aux services de cette myriade d’acteurs ultra-spécialisés, et ultra-efficients.
Cela pourrait être le rôle des banques, qui pourraient ainsi s’appuyer sur leur volume de clients et des données qu’elles collectent. Toutefois, sauront-elles transformer aussi radicalement leur modèle ? Au vu de leurs discours, rien n’est moins sûr. Elles semblent majoritairement sûres de leur avenir.

Et elles ont une bonne raison pour cela. Tant que les banques centrales feront des grandes banques leurs interlocuteurs privilégiés, et surtout leur distributeur monétaire, celles-ci bénéficieront d’une rente de situation qui leur permettra de masquer leurs inefficiences, et de conserver un avantage financier indu : elles se refinancent à des taux bien plus faibles que les autres acteurs. C’est bien ce qui scandalise Rob Frohwein, fondateur de Kabbage, qui dénonce sans relâche la rente bancaire.

Toutefois, la vraie révolution est en route. L’émergence durable des crypto-monnaies fondées sur la blockchain (dont le bitcoin n’est qu’une expérimentation) va permettre la remise en cause du monopole de l’émission monétaire, et donc la fin de la rente bancaire. Il s’agit d’une révolution de fond, qui transformera le monde financier, les économies et notre quotidien autant que la création, à Amsterdam, au 17ème siècle, de la première banque centrale. Une banque, ironiquement, créée pour sécuriser les transactions dématérialisées. Et dont les descendantes sont désormais un obstacles à cette même dématérialisation.

Face à ce défi, les banques traditionnelles semblent, à première vue, démunies, privées de leur dernier rempart. Et c’est comme cela qu’une petite bruine désagréable se transforme en déluge.

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