par Henri Jeantet, fondateur, stratégie & design.

Arriver à San Francisco, c’est entrer dans une bulle. Une bulle dans laquelle le digital peut et va changer le monde et en résoudre l‘ensemble des problèmes. Il y a même un groupe de travail qui cherche à résoudre le problème des sans-abris (et ils sont extrêmement nombreux à SF) par le digital. Bon courage.

 

Mais le terrain de jeu le plus spectaculaire, aujourd’hui, c’est bien le transport urbain. Au delà de Uber, Lyft et consors, les innovations d’aujourd’hui s’attachent à résoudre une question clé : comment améliorer le service rendu sans améliorer les infrastructures. Car à San Francisco comme ailleurs aux Etats Unis, les infrastructures souffrent d’un double mal : une absence chronique d’investissement public, et une croissance rapide des villes. La prise de conscience de cet effet ciseaux est réelle (We’ve outgrown our infrastructure), mais elle se heurte à la réalité politique locale et nationale, qui rend les investissements publics toxiques pour ceux qui les votent. Obama peut annoncer un plan de redéveloppement de 400 milliards de dollars, ce ne sera, s’il parvient à le faire voter, que le début de l’immense rattrapage nécessaire.


Pour avancer, donc, il ne reste qu’à tirer le meilleur usage des infrastructures existantes en s’appuyant sur l’inventivité des entrepreneurs et la technologies.

Ainsi Transitmix, qui vise à connecter les Autorités de transport et les usagers pour repenser les lignes de bus, alternative à la construction d’infrastructures capacitaires. Concrètement, le service permet aux Autorités de transports d’agglomérer des données (populations, niveau de vie, et usage) sur une carte, et de calculer en temps réel les conséquences d’un changement de trajet ou l’ajout d’un arrêt. Mais au delà, l’interface peut servir à ouvrir le débat aux utilisateurs.

A l’opposé, Zyrx permet d’envisager de réutiliser sa voiture pour aller travailler dans le centre de San Francisco. Car se garer en centre ville coute cher, et en particulier à la journée. Les parking sont saturés et se raréfient tant l’immobilier ne cesse de monter (les parking sont en surface). Ce que propose Zyrx, c’est de prendre en charge votre voiture pour aller la garer dans un parking libre et moins cher, et vous la ramener dès que vous en avez besoin. Le modèle repose donc sur l’optimisation du remplissage et du prix, qui permet de payer le chauffeur.

Enfin, Flywheel, a construit une offre de VTC considérable en s’appuyant sur une ressource existante : les taxis. Cette application permet ainsi à chaque taxi d’optimiser son temps de travail en lui offrant des opportunités permanentes en plus de son activité traditionnelle.

Les exemples sont nombreux, mais reposent tous sur un fondement identique : l’optimisation de l’usage d’infrastructures existantes offre une marge d’amélioration de service et de business non négligeable. Blablacar, Zilok sont aussi l’expression de la même philosophie : au delà de l’économie collaborative, ces services contribuent à l’augmentation du taux d’usage de produits et de ressources.

Cette évolution est une excellente nouvelle. Parce qu’elle lutte implicitement contre notre culture du gâchis de ressources, augmente les opportunités de valeurs créées par une infrastructure en s’appuyant sur d’autres que ceux qui l’administrent, et qu’elle est une source de créativité.

Imaginer, demain, que Vinci puisse optimiser son offre de parking grâce à des chauffeurs, que les lignes de bus puissent évoluer, ou qu’enfin, un vrai agrégateur multimodal permette à un  automobiliste de s’arrêter à une station de train, prévenu des embouteillages, pour finir son trajet en vélo.

Finalement, les difficultés de financement de nouvelles infrastructures en France ont un bon côté, celui de nos obliger à innover pour optimiser l’usage de ce qui existe déjà.

Une révolution.

 

 

 

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