par Henri Jeantet, fondateur, stratégie & design.

A en croire les apôtres du big data, et ils sont nombreux ici à Austin, nous serions éminemment prévisibles. Nos actions, nos désirs, nos envies, seraient solubles dans les algorithmes. Allez dire ça au conférencier qui, ivre mort, est tombé devant moi vers huit heures du soir. Il nous avait doctement expliqué, ce matin, que les malades étaient basiquement un agrégat de données. Prévisibles, diagnosticables et communs.

C’est LE débat du moment. La donnée, sa valeur, son volume, et son éthique. Couplez ca avec les avancées des neurosciences et de la robotique, et  vous voilà avec un futur ou l’humanité se robotise ou se soumet aux robots.

Stephen Lake, fondateur de Thalmic Labs, voit lui un autre futur, ou notre capacité à interagir avec les ordinateur ne fera pas de nous des robots, mais bien des humains augmentés par l’accès permanent et invisible à la technologie. A condition, selon lui, de conserver notre humanité, notre éthique.

Quelle éthique donc, dans ce monde où chaque objet, bientôt connecté, renseignera d’immenses bases de données, qu’elle soit bénigne (votre usage de votre réfrigérateur), ou cruciale (le pacemaker connecté), ou, bien plus intéressant pour une assurance santé, le croisement de ces deux données ?

Ajoutez à cela TuTe Genomics, qui n’ambitionne rien de moins que de construire une base de donnée d’ADN pour la croiser avec la prévalence de maladies chez les patients, et nous voilà robotisés jusqu’à l’intime, le cœur, le système d’exploitation de l’humain.

Mais le choix sans issue entre robotisation et soumission reflète un biais d’analyse structurel chez nos amis technologistes : la confusion entre la puissance de calcul et l’intelligence. La santé d’un individu ne se résume pas à des paramètres fonctionnels. Elle repose sur des croyances, un état psychologique, la confiance, autant de facteurs qui échappent à toute connectivité.

Si notre irrationalité nous protège de la robotisation, elle ne nous protège pas de ceux qui entendent nous y enfermer. Se pose dès lors la question du stockage et de la propriété de la donnée. Appartient-elle à celui qui la génère (c’est de vous dont on parle) ou à celui qui la collecte ? Et à considérer qu’elle vous appartient, comment s’assurer que vous en ayez la jouissance ?

A écouter toutes ces bonnes âmes cupides, on en vient à rêver d’un service public de la donnée, qui stockerait de façon neutre l’ensemble des données d’un individu, à charge à celui-ci d’autoriser l’accès à sa base personnelle, pour un temps donné, aux entreprises et institutions qui le servent.

Un service qui devrait donc être confié à un tiers de confiance. Ce qui repose la question du choix de ce tiers, et des risques associés à ce choix. Serons nous un jour suffisamment en accord pour rendre ce rêve possible ?

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