par Sophie et Marie
Lisbonne, 9 novembre 2016

Nous étions de nouveau d’attaque mercredi pour comprendre si, oui ou non, le secteur de la santé est sur le point d’être disrupté. Le bilan de cette deuxième journée est mitigé, et les impressions du premier jour se confirment : les acteurs qui s’attachent à résoudre l’équation posée par les systèmes de santé des pays émergents (ou récemment émergés) font preuve de beaucoup d’inventivité et sont en passe d’accélérer les processus en cours. Mais si pour le moment le Uber de la santé n’est pas encore né (et c’est peut-être pour le mieux) nous avons été frappées par les perspectives offertes par certaines startups s’attaquant frontalement aux besoins des patients atteints de pathologies ou de handicaps spécifiques. On voit en effet fleurir des produits réellement innovants, pensés pour améliorer la vie des patients en adressant leurs besoins avec beaucoup de finesse. C’est le cas par exemple d’ImmunControl, un ambitieux projet à destination des patients ayant reçu une greffe.

Donner le contrôle au patient et accélérer la recherche avec ImmunControl
ImmunControl est une startup allemande qui se focalise sur les risques de la transplantation et a vocation à s’inscrire dans la vie quotidienne des patients greffés. L’équipe à l’initiative du projet est partie d’un constat simple : les patients transplantés sont peu au fait des risques de la greffe. D’abord parce que leur corps ne réagit plus de la même façon après l’opération, et qu’il faut apprendre à vivre avec un organe dont ils ne reçoivent pas de feedback clair. Ensuite parce que la transplantation est généralement vécue comme une renaissance, et que la vigilance des patients baisse dans le contexte d’une rémission s’apparentant dans leur esprit à un quasi-miracle. Or les risques de la greffe sont importants et réclament une vigilance de tous les instants. Rappelons que l’espérance de vie des personnes greffés est de 7 ans plus courte que la moyenne.

Pour ImmunControl l’enjeu est double. Il s’agit d’abord de prévenir les risques  de rejets ou de complications en accompagnant la montée en compétence de patients ayant vocation à devenir véritablement acteurs de leur santé. Et il s’agit également de créer une plateforme de connaissance centralisée, à l’usage des professionnels de santé, et donc d’accélérer la recherche sur la transplantation. Pour répondre à ces enjeux, ImmunControl a imaginé un dispositif en trois volets. D’abord, une application mobile à destination des patients, qui leur donne accès à de l’information et leur permet d’échanger avec d’autres patients greffés. Ensuite une infrastructure IT visant à centraliser ces données et à les mettre à disposition des professionnels de santé. Et enfin un device mobile qui permettra à termes aux patients de réaliser certains tests en autonomie, et de suivre leur état de santé.

Si la startup parvient à lever les fonds nécessaires à la réalisation de cette vision cible et s’entoure des bons partenaires, elle pourrait vraiment changer la donne. Le quotidien des patients s’en trouverait amélioré et la recherche sur la transplantation pourrait prendre un coup d’accélérateur. N’oublions pas que 1,2 millions de personnes vivent avec un organe greffés dans le monde, tandis que 365 millions souffrent de maladies immunodépressives.

Rendre la médecine accessible à tous, vers un idéal de progrès
Si on a vu Doctolib ou encore MonDocteur s’emparer du marché français et tenter de faciliter l’accès aux soins des patients, il y a des régions du monde et des populations pour lesquelles la question de l’accès aux soins se pose avec une acuité bien plus intense. Et en termes d’accès, le constat est le même qu’il s’agisse d’éducation ou de santé. C’est ainsi que lors de la conférence “Rallying Tech for Refugees”, Andrew Harper (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés) faisait remarquer avec justesse qu’avec le numérique la question épineuse et coûteuse des infrastructures (constructions de dispensaires ou d’école) pouvait être en partie réglée en trouvant les solutions numériques adaptées.

Ainsi, la startup HearScreen permet à ses utilisateurs d’effectuer eux-même leur diagnostic visuel et auditif. Le tout s’inspire de notre traditionnelle visite à la médecine du travail, transposée sur un smartphone. Une solution qui pourrait facilement être rangée dans la catégorie des gadgets, mais qui prend tout son sens dans les contextes ruraux et les déserts médicaux. À tel point que la startup, qui compte étendre petit à petit son éventail de solutions à d’autres types de diagnostics, est financée par l’Organisation Mondiale de la Santé. Dans un autre registre, Medipta propose, en Inde, une série d’objets connectés permettant d’établir un bilan de santé chez soi et via smartphone. Et pour les villages qui ne seraient pas connectés, elle installe des huttes dédiées où ces solutions sont mises à dispositions des populations. Une transposition physique, en quelques sortes, de l’application. Autre aspect, la télémédecine qui relève plus du confort ou de la commodité dans certains pays, est particulièrement pertinente pour adresser les populations les plus coupées des systèmes de santé. Un créneau que la startup Madoc World Care notamment souhaite investir.

S’il est encore besoin de le rappeler, l’innovation émerge là où un problème se pose. Or chaque problème est contextuel. Sa résolution dépend de la capacité à analyser et comprendre ces contextes et les besoins de leurs acteurs. Or dans le domaine de la santé, la disparité des systèmes, les inégalités d’accès et les problèmes spécifiques posés par certaines pathologies sont de véritables casse-têtes… et donc d’importants terreaux d’innovations présentes et futures.

Au vu de ces différents exemples, il est clair que les initiatives les plus innovantes se trouvent chez ces deux types d’acteurs : ceux d’une part qui s’attaquent aux problèmes spécifiques induits par des pathologies spécifiques, et ceux d’autre part qui font front contre un problème majeur : l’accès au soin dans les pays où les systèmes de santé sont défaillants. Autre façon de dire (si on est un peu cynique) que ce n’est pas avec des sujets riches et bien portants qu’on fait avancer la recherche. Dans tous les cas, il y a fort à parier que ce sont les initiatives les plus locales et les plus spécifiques qui porteront les innovations de demain, et sauront trouver les modèles disruptifs porteurs de progrès à l’échelle des individus et des institutions. Oui c’est vrai, notre optimisme est infaillible… ;)

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