par Henri Jeantet
Lisbonne, 9 novembre 2016.

Drôle d’ambiance, il faut bien le dire, au Web Summit, au lendemain de l’élection de Donald Trump. Mines contrites des contributeurs Américains, excuses pour certains, et blagues, parfois, pour les plus courageux. Mais aussi le sentiment de découvrir la réalité d’un pays et d’un paysage politique qu’ils pensaient connaître et qui s’avère bien différent.

Les start-ups vivent une révolution parallèle. A l’isolement de la Silicon Valley et la vision messianique des fondateurs succède la conscience et la volonté de s’inscrire dans les systèmes économiques et au delà, dans la société au sens large. De se confronter à la réalité, enfin, plus qu’à en écarter les enjeux d’un revers de main (la législation changera, les gens trouveront de nouveaux jobs, etc.).

La réalité économique, d’abord, avec un sensible changement de discours : il ne s’agit plus de remplacer les acteurs historiques, mais bien plus de se placer en partenaire et de leur fournir les plateformes technologiques nécessaires. Le partenariat entre Google et Levi’s démontre clairement cette nouvelle vision. Pour Ivan Poupyrev, patron de Google TAFA (capsule dédiée aux nouveaux mode d’interactions homme-machine), la clé de la digitalisation du monde passe par la capacité de la technologie à se glisser dans le réel, pas à vouloir remplacer l’ensemble des produits et usages existants. La technologie doit donc s’adapter à l’appareil de production disponible, a l’image du tissu interactif de Google, qui permet de produire les vestes connectées de Levi’s au sein de la supply chain existante. Par ailleurs, la technologie vient ici s’adapter aux usages, se glisser dans la réalité, plus que créer des nouveaux comportements. Le recul supposé d’Apple sur l’automobile et les doutes qui s’élèvent sur Tesla sont une illustration de ce phénomène. Au delà des grands discours sur la disruption, la réalité s’impose : les infrastructures de productions et les équilibres de marché sont une réalité qui s’impose à tous, Silicon Valley comprise.

Réalité sociale, aussi, quand le Oisin Hanrahan, fondateur de Handy (le Uber du ménage et des petits travaux) s’engage avec d’autres acteur de la “gig economy” et les grands syndicat américain dans une conversation sur le statut et la couverture sociale des travailleurs de demain. Pas par idéalisme, mais parce que la réalité s’impose à lui, et qu’il ne peut ignorer le danger que l’absence de cadre fait peser sur le développement de son modèle. Une réalité qui fait dire à Bradley Tusk (Investisseur Massif) qu’il est, je cite, “raisonnable pour le régulateur de s’interesser à la protection des millions de travailleurs de ce modèle”. Boum, même les investisseurs veulent de la régulation. 

Réalité politique, enfin. Si tout le monde s’accorde à dire que les réseaux sociaux, désormais déterminants dans la consommation d’information (44% des Américains font de Facebook leur première source d’information), ont créés des chambres d’écho autour des individus à travers leurs algorythmes (qui tendent naturellement à vous montrer ce qui vous plait, donc ce qui est en accord avec votre opinion, la renforçant naturellement), il ne faudrait pas en faire le bouc émissaire facile de l’élection de Donald Trump. C’est aussi parce que les acteurs politiques et économiques ont ignoré trop longtemps la réalité que celle ci vient les mordre. Les start-ups semblent vouloir s’en rapprocher, et c’est une bonne nouvelle pour les investisseurs, les travailleurs, et les citoyens.

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