Au programme ce mois-ci

Santé
Les GAFA investissent massivement  • Zoom sur les startups qui s'attaquent au casse-tête du parcours des patientsA lire ici

Retail
Amazon investit le secteur alimentaire... et le foyer de ses clients • Zoom sur une plateforme qui parie que la Marketplace est le futur du retail • Au-delà des produits, le serviceA lire ici

Fintech
Succès et échecs du crowdfunding • Zoom sur une startup qui profite du boom des néobanques • Les Fintech s'assagissent • A lire ici

Assurance
Avant de disrupter, évoluer pour régler les frustrations des assurés • Zoom sur deux initiatives intéressantes pour le futur de l'assuranceA lire ici

Tech / IA
Enfin des études chiffrées sur la gig economy • Découvrez le modèle 'centaure' • l'IA ne peut pas tout faire A lire ici

Travel
Airbnb étend ses services, Uber s'attaque au tourisme • Les startups profitent de l'appel d'air créé par ces géants • Zoom sur l'adaptation des acteurs traditionnels • A lire ici

 

Retail 

En annonçant son entrée dans le secteur de la distribution alimentaire Amazon avait déjà provoqué quelques réactions de la part du secteur du retail, et les craintes se confirment puisque ce mois-ci Ocado voit son action baisser significativement face au partenariat engagé entre Morrisons et Amazon au Royaume-Uni... Et c’est sans parler de l’ouverture de son point de vente physique, Amazon Go qui défraye actuellement les chroniques. Mais  l’histoire ne s'arrête pas là ! Après avoir peaufiné la gestion du dernier kilomètre et avoir mis un pied dans le domicile de ses clients, c’est désormais en grand qu’Amazon ouvre la porte des foyers de ses abonnés ‘Prime’. En effet, selon un article récent de Business Insider le géant Américain serait en train d’engager des ‘Assistants de maison’ pour aider avec le ménage, le linge et les courses de ses clients...Un complément physique à l’assistant virtuel déjà proposé par l’entreprise.

Dans les derniers mois on a vu la grande distribution réagir en adoptant, sous diverses formes, les modèles de Marketplace. La plateforme Neteven profite d’ailleurs de cette tendance en proposant d’accompagner les marques et distributeurs dans le déploiement et la gestion de leurs produits sur différentes marketplaces. L’entreprise, qui connaît déjà une bonne croissance, estime d’ailleurs qu’en 2020, 40% du marché mondial du retail passera par ces places de marché. 

Vendre toujours plus et mieux continue à être le crédo principal de la distribution, c’est en tout cas ce que nous avons ressenti lors du Websummit qui s’est tenu à Lisbonne au début du mois. Pourtant, au sein de cette mise en concurrence accrue il devient de plus en plus essentiel que les retailers se posent ‘plus fondamentalement la question de leur proposition de valeur et donc du rôle qu’ils peuvent jouer dans la vie des individus’. Le DigitalistMag et LSA Commerce & Consommation affirment tous deux que cela passera d’abord et avant tout par le développement de modèles orientés sur l’innovation de service. D’ailleurs, si l’on en croit cet article de ZDNet, les distributeurs ont déjà toutes les informations à portée de main pour imaginer des services comparables à l’Amazon Dash Button, qui permet aux clients de ne plus avoir à gérer leurs achats récurrents...Il ne reste qu’à faire...

 

Santé 

Niveau santé s’il y a une tendance qui se confirme ce mois-ci c’est bien que le digital a son mot à dire sans ce secteur pourtant très technique et réglementé. Les GAFA en sont une première preuve, selon cet article de Maddyness. Ainsi, en 2015 près d’un tiers des sommes investies par Google Ventures ont été allouées au secteur, contre à peine 6% en 2013. En outre, Verily Life Sciences, filiale d’Alphabet, noue des partenariats avec GSK ou encore avec Sanofi dans le domaine du diabète. L’article détaille aussi les initiatives d’Apple -plutôt focalisées sur la donnée- , de Facebook -au travers de l’Intelligence Artificielle- , et d’Amazon -stockage du génome humain sur le cloud- . Au-delà des missions quasi-utopiques qu’on prête ici et là aux fondateurs des GAFA, et qui varient entre fontaine de jouvence et éradication totale des maladies, il y a bien un intérêt tout à fait commercial à de telles initiatives. En effet, le marché de la santé est colossal et est estimé à 9 590 milliards de dollars...soit presque 10% du PIB mondial selon Deloitte, contre à peine 8% pour le digital. Dans cet autre article, paru dans Les Echos, le PDG de LivaNova avoue ne pas trop s’inquiéter de l’incursion des géants sur le secteur. Il estime en effet que s’ils sont tout à fait à même de disrupter l’industrie du bien-être, côté médical la transformation se fera plutôt au travers de partenariats.

Au-delà des GAFA, on dénombre de plus en plus de startups qui investissent le domaine, et qui démontrent chaque jours la pertinence du digital pour adresser certains problèmes qui restent saillants, comme nous l’avons d’ailleurs bien vu au WebSummit de Lisbonne ce mois-ci.  C’est ainsi que MonDocteur, qui a débuté comme un portail de prise de rendez-vous médicaux, a récemment inauguré un carnet de santé en ligne afin de faciliter l’échange d’informations entre le patient et ses nombreux référents...tout ceci en attendant que l’Etat ne lance le Dossier Médical Personnalisé, un sujet qui traîne depuis 2006. La plateforme MesDocteurs, elle, propose une solution au déserts médicaux en permettant à quiconque de poser une question (via téléphone, chat…) à un médecin. L’entreprise, qui vient de lever 1,2 millions d’euros, fait payer ses utilisateurs environ 5€ par réponse et s’octroie une commission de 50% sur ce montant. Enfin, Outre-Atlantique, c’est aux problèmes spécifiques liés à l’utilisation de Doctissimo que KangHealth propose de s’attaquer. Plutôt que de laisser ses utilisateurs divaguer quant à leur probabilité de mort subite, l’application leur propose de remettre en perspective statistique leurs inquiétudes. Ainsi on apprendra que 80 000 personnes qui ont eu les même symptômes n’avaient en fait qu’un rhume...L’entreprise, qui vient de lever 33 millions de dollars, semble encore être à l'affût d’un modèle économique, et annonce même vouloir prédire les épidémies saisonnières. Un exercice que même Google avait raté...

 


Assurance

Avant de voir l’avènement d’un nouveau modèle d’assurance hyper personnalisé et invisible dont les polices s’ajustent automatiquement et en temps réel en fonction des différentes activités des assurés, il y a du chemin à faire ! C’est le constat de ce mois-ci côté assurances.

En effet, si les assureurs souhaitent renouveler leur contact avec leurs clients, au travers de la prévention et de la télématique notamment, afin de ne plus être assimilés uniquement à l’expérience négative des déclarations de sinistres...il ne faudrait pas non plus ignorer le travail qu’il reste à faire sur ce dernier point ! Un travail que la MAAF prend à bras-le-corps afin de rendre l’expérience des sinistres plus facile à gérer pour ses membres. Même constat pour SafeStuff, l’Insuretech qui propose à ses utilisateurs de facilement faire l’inventaire de leurs objets afin de faciliter les échanges en toute transparence avec les assurances en cas de pépin. Dans le domaine de la prévention, la rengaine est la même. Si de nombreuses assurances se lancent dans le coaching santé, ces initiatives tombent souvent à l’eau par manque d’engagement et de motivation des utilisateurs. Un problème qu’Axa compte régler grâce à un chatbot hyper-personnalisé et doué d’intelligence artificielle.

On note néanmoins ce mois-ci deux initiatives qui nous paraissent intéressantes pour l’avenir du secteur. Il s‘agit d’abord d’EuropAssistance qui, au travers de la vente de ‘boxes digitales’ à destination des seniors sur des marketplace telles qu’Amazon, court-circuitent les assurances -leurs partenaires traditionnels - dans le domaine du care et de la prévention. Plus de détails dans cet article de l’Argus de l’Assurance. Enfin, AllState, de son côté, compte bien se recentrer sur le coeur de métier statistique de l’assurance en développant une filiale entièrement dédiée à la conception et à la commercialisation d’algorithmes de traitement des données. Un modèle qu’elle teste d’abord sur les données de conduite mais qu’elle sera amenée à développer avec l’augmentation de l’utilisation des objets connectés dans le domaine de l’assurance...Affaire à suivre.

 


Fintech 

Ce mois-ci l’heure était résolument au bilan pour la finance alternative. Il y a d’abord eu cet article du Frenchweb qui estime que le crowdfunding n’a toujours pas pris son essor, et ce 10 ans après son apparition en France et malgré ses promesses pour le moins alléchantes. Le manque de scalabilité des plateformes de financement participatif serait la cause de cet échec, d’après l’article. En effet, le modèle n’aurait pas permis aux porteurs de projet de passer à la vitesse supérieure et de s’établir durablement sur le marché...et les plateformes elles-même n’ont pas su atteindre un niveau d’activité leur assurant la pérennité.

Cet article d’Assurance & Banque 2.0, plus récent, nuance néanmoins ces propos. En effet d’après une étude du centre pour la finance alternative de l’université de Cambridge, le marché de la finance alternative a progressé de 92% entre 2014 et 2015, en Europe. Plus étonnant encore, Le Royaume Uni semble être le leader dans le domaine avec un marché total de 4,348 Milliards d’euros, contre un marché européen total de 5,431 Milliards d’euros. De quoi consolider l’idée d’une spécialité ‘Fintech’ anglaise. Néanmoins, en ce qui concerne le financement participatif en capital (equity crowdfunding), même le marché anglais semble encore hésitant. En effet un récent rapport d’AltFi nous dévoile que l’année 2016 est marquée par un ralentissement des levées de fonds, qui ne serait pas entièrement dû au Brexit. Des doutes s’élèvent aussi quant à la rentabilité pour les investisseurs d’un tel modèle, car le rapport n’a recensé que 5 cas dans lesquels une sortie s’est soldée par un retour sur investissement.  Pour contrebalancer cela, on note néanmoins que 74% des entreprises qui ont levé des fonds via ce moyen entre 2011 et 2013 sont toujours présentes sur le marché, alors qu’en moyenne, 55% des petites entreprises échouent dans leur première année. Aux Etats-Unis, cependant, depuis une loi promulguée il y a 6 mois qui abaisse le seuil minimal d’investissement, l’equity crowdfunding pourrait bien prendre son essor. C’est en tout cas le pari fait par Indiegogo qui se lance dans l’aventure.

Les évolutions du secteur ne se limitent cependant pas à la finance alternative, et les Fintech en tout genre continuent à faire l’actualité. Toute une panoplie de néobanques voient ainsi le jour, selon des modèles très divers. En France, Morning propose sa carte bancaire ‘à la carte’, adossée à une application mobile permettant de choisir son code pin, d’activer/désactiver le retrait en espèce ou encore le paiement sans contact...la startup compte sur ses utilisateurs pour faire évoluer ses fonctionnalités. En Grande Bretagne, Soldo propose un compte bancaire familial permettant à son administrateur de gérer les capacités de chacune des cartes du foyer. Bref, les initiatives dans le secteur sont multiples et nous en avons rencontré bien d’autres intéressantes lors du WebSummit à Lisbonne. Mais connaissez-vous Wirecard ? Peu connue du grand public c’est pourtant sur cette entreprise, qui dispose d’une licence bancaire, que reposent un grand nombre de néo banques et Fintech afin de pouvoir mettre en circulation leurs propres cartes bancaires !

Ainsi voit-on les Fintech, qui avaient promis de disrupter et de faire disparaître les banques, s’assagir`. Collaborations et partenariats sont désormais plutôt la norme, à l’image de Natixis qui rachète PayPlug...Et dans l’avenir proche cela devrait se confirmer.

 


Travel

Dans le domaine du tourisme, les initiatives sont multiples et varient entre les copycats (le Uber de x, le BlaBlaCar y) et d’autres startups qui tentent à leur manière d’apporter de l’innovation au secteur. C’est ce que résument nos deux articles consacrés au tourisme au WebSummit.

Et pour cause, il devient de plus en plus dur d’imaginer de nouveaux modèles, et encore moins de les faire fonctionner, face à des géants tels que Airbnb ou encore Uber. Si la récente incursion d’Uber dans le domaine de la location de voitures à courte durée à de quoi effrayer les professionnels du secteur, que dire d’Airbnb qui a dernièrement lancé son nouveau service ‘Experience' .Ce dernier permet aux hôtes et autres ‘locaux’ de proposer des activités aux touristes qui utilisent la plateforme. L’idée n’est pas nouvelle et a notamment été proposée par la startup GoodSpot en France depuis le début des années 2010. C’est pourtant une chose d’avoir une bonne idée et une autre d’arriver à la scaler et à en vivre, surtout dans des modèles de mise en relation qui suivent souvent une logique de ‘winner takes all’ sur le marché. Avec cette initiative, non seulement Airbnb profite de sa notoriété et de son impressionnante base d’utilisateurs pour s’introduire dans ce nouveau segment de marché, mais la plateforme se différencie aussi encore plus des acteurs traditionnels tels que les hôtels. 

Dans ce contexte, on voit d’une part de nouveaux acteurs s’engouffrer dans la brèche ouverte par Airbnb. C’est ainsi que GuestReady vient de lever 700 000 euros pour proposer des services aux hôtes de plateformes de pair à pair, allant de la simple prestation de blanchisserie, à la gestion complète des locations de courtes durées. Dans un autre registre, on sent que le booking d’activité à le vent en poupe : Musement permet, depuis sa plateforme, de réserver tout type d’activité (musée..) par ville, de payer et d’éviter les files d’attentes. L’entreprise a récemment levé 10 millions de dollars.

 D’autre part, on voit les acteurs plus traditionnels tenter de se ‘digitaliser’, à l’image de Vacalians qui vient d’investir 40 millions d’euros dans sa modernisation et qui s’est associé à l’accélérateur de startups Welcome City Lab afin de faire de ses sites de vacances de véritables laboratoires d’innovation. Même constat pour Gîtes de France qui annonce vouloir devenir plus ‘agile’ et qui a d’ailleurs récemment racheté la fameuse startup GoodSpot. Enfin, Accor Hotels a racheté le service de conciergerie haut de gamme John Paul. De plus, si les plateformes sont par nature plus scalables puisqu’elles n’investissent pas dans l’immobilier comme les acteurs plus traditionnels, de nouvelles startups cherchent à aider les ‘anciens’ à rentabiliser leurs assets en les incitant à louer leurs chambres et salles de réunions disponibles à la journée. C’est notamment le cas de Bizly et de DayUse.

Préparer un voyage, voilà un travail qui requiert du temps et de l’engagement pour les touristes. On l’a bien compris, Airbnb souhaite probablement étendre ses services à l’ensemble de l’expérience de voyage et opère, pour cela, étape par étape. D’autres, à l’image de Mezi, s’y attaquent d’un coup. Cet assistant virtuel permet de booker vols, logement et activités depuis un chatbot. L’entreprise revendique d’ailleurs une moyenne d’achat effectué via la plateforme d’environ 500$...Une initiative intéressante mais pas franchement nouvelle...dur dur en effet dans ce secteur de se démarquer !

 

Tech

On avait pas mal entendu parler du futur du travail avec l’ubérisation... et les plus pessimistes annonçaient déjà une dégradation de l’emploi avec l'avènement d’une ‘gig economy’, où les travailleurs morcellent leur temps entre différentes plateformes comme Uber, Amazon Mechanical Turk, Takeateasy et autres… Les plus optimistes, eux, mettaient le phénomène en relation avec la génération millénium/ slashers (dont on ne sait toujours pas si elle est une réalité sociologique) et préféraient parler d’une société entrepreneuriale ou encore de ‘freelancisation’ de l’économie. Ce mois-ci a d'ailleurs été marqué par la publication de plusieurs études chiffrées sur le phénomène, que Christophe Benavent résume dans cet article

Et avec le développement du machine learning et de l’intelligence artificielle les débats sont repartis ! Côté pessimistes les 'ordinateurs' pourraient remplacer un grand nombre de travailleurs et cela même dans les professions intellectuelles. Côté optimiste on voit arriver un temps où humains et algorithmes travaillent main dans la main.  Pour qualifier ce binôme inattendu on parle même d’un modèle ‘Centaure’ … un jolie mot qui vient compléter le vocabulaire bestiaire du monde des startups (licornes et compagnie) ! Cela impliquerait donc une redistribution du travail, où les tâches créatives et plus subjectives seraient accordées aux travailleurs, et les tâches les plus ‘automatisables’ aux algorithmes. Dans cet article, Ravin Jesuthasan, Tracey Malcolm et George Zarkadakis vont même jusqu’à nous expliquer comment répartir les tâches entre humains et algorithmes !

Si il y a de quoi questionner, cet interview de Cathy O’Neil nous remet les pieds sur terre : les algorithmes embarquent dans leur conception les même préjugés que leurs créateurs, et les automatisent… De quoi se dire que l’humain n’est pas prêt à disparaître de l’équation. D’autant plus qu’il semble difficile de modéliser des décisions humaines sur la base d’algorithmes logiques, alors même que nous avons tous une part d'irrationnel, c’est d’ailleurs la conclusion ‘IA’ que nous avons tiré du WebSummit à Lisbonne ce mois-ci. Et même si nous voulions totalement objectiver nos décisions, cela se révèle quasiment impossible, c’est en tout cas ce que nous révèle cet article de TechCrunch, qui étudie l’échec des principaux laboratoires et chercheurs en la matière à prédire l'occurrence de phénomènes sociaux spécifiques en Amérique Latine...

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