En ce moment, nous sommes à Austin pour le festival South by Southwest. 
Protection de la vie privée, innovations de rupture et question à 5 milliards de millards $, c'était le jour 2.

$5 Trillion Question: What’s the Future of Retail?

“The future of retail is the future of shopping” et ceux qui parlent d’e-commerce devraient perdre des points en bourse. Le ton est donné par Michael Schrage, Research fellow au MIT. On se désole avec lui de voir trop nombreux encore ceux qui opposent magasin et digital, ou encore produit et expérience. L’idée force c’est que le retail n’est que le moyen de conclure la transaction et donc que c’est dans l’intégration des produits et des expériences que se situe l’avenir du retail. Chez Tesla par exemple, tout est intégré : le produit, l’expérience physique et digital. Si l’on ne fournit pas une expérience qui apporte de la valeur aux individus, le combat est perdu d’avance, nous dit le chercheur. Et c’est pourquoi on ne doit plus parler de retail selon lui mais de shopping. Quelle couche de services additionnels peut-on développer grâce au nouvelles technologies ? Voilà la question. Et de sérieuses pistes ont vu le jour : le machine learning provoque déjà un changement structurel dans le secteur. Sa combinaison avec l’analytics permet d’améliorer les fonctions de curation et de traiter les données en temps réel pour fournir aux personnes des services plus personnalisés et pertinents. Ces nouvelles possibilités changent également le statut des data récoltées. Elles ne doivent plus être vues uniquement comme un outil d’analytics mais plutôt comme un moteur de la création. Si aujourd’hui Clique se targue de co-créer ses vêtements en demandant à ses clientes ce qu’il manque dans leur penderie, Michael Schrage leur rétorque que demain ils n’auront même plus besoin de leur poser la question. Bienvenue dans l’ère de la “data-driven creation” ! Netflix le fait déjà (et ça marche !). Cependant ces nombreuses opportunités sont encore peu exploitées car elles demandent un changement culturel dans les organisations. Les dirigeants voient encore trop souvent le digital comme un problème de plus à régler alors qu’il pourrait être une source (inépuisable ?) de solutions.

How the big tech firm protect your data    

Sujet ô combien sensible que celui de la protection des données. Microsoft, Google et Facebook nous parlent de leur façon de protéger la vie privée de leurs utilisateurs : on s’attendait à bien rigoler, on est ressorti sans pleurer (ce qui n’est déjà pas mal). La conférence a révélé trois façons d’aborder la question de la vie privée. Trois entreprises, trois histoires, trois cultures et autant de conceptions différentes de notre vie privée qui en disent long sur ce qu’on peut attendre de chacune d’elle. Pour Microsoft, la vie privée des utilisateurs est gérée selon un modèle centralisé : du département juridique, se tisse un réseau en étoile avec un privacy manager dans toutes les équipes. Chez Google, les questions de vie privée relèvent de la gestion du risque : une tension permanente entre innovation et respect de la vie privée. Pour Facebook, la maîtrise des données personnelles fait partie même du produit : parce que son modèle économique repose sur la transparence des individus, elle doit créer la confiance et donc définir une éthique qui s’impose à toute l’entreprise sur cette question. Par exemple, en testant les processus de consentement avec les utilisateurs. Mais face à la réglementation, ces trois conceptions de la gestion de la vie privée s’accordent avec plus ou moins de facilité et c’est Facebook qui n’a presque rien à changer pour s’adapter à la GDPR Européenne. Un juste retour de l’éthique ?

Making Epic Sh*t

Entendre la VP engineering, advanced technology & projects de Google nous dire comment on fait des trucs qui déchirent à Moutain View, voilà une conférence qui décoiffe ! Dans les entreprises, l'innovation est le sujet à la mode, c’est même devenu une vulgate. Depuis quelques années, le terme est tellement utilisé qu’il en est devenu galvaudé. Ce que l’on appelle des “innovations” aujourd’hui ne sont souvent que des évolutions incrémentales, marginales et discrètes plus que de réelles inventions de ruptures. Pourquoi cela ? D’une part parce que l’innovation est organisée de manière linéaire dans les entreprises : 1) on part de la science fondamentale, 2) on en fait de la science appliquée et 3) on fait du développement produit. Trois départements, trois équipes, trois budgets : trois silos. Ensuite parce que les entreprises ne prennent finalement qu’assez peu de risques. Sans sciences et sans problématiques ambitieuses, l’innovation ne se fait qu’à la marge. Le vrai problème est la peur de l’échec : soit on cherche à le minimiser soit on l’assume on en fait un moteur. Alors, le seul moyen de faire des trucs qui déchirent : vivre la peur au ventre ?

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