Cap sur un modèle économique qui promet de redynamiser l’industrie nautique !

Durement frappée par la crise de 2008, l’industrie nautique a vu sa production de bateaux de plaisance neufs se diviser par deux, et n’a jamais retrouvé son niveau depuis. Pourtant, cela n'a pas empêché les gens de continuer à faire du bateau : ils ont simplement changé leur manière d'en faire. Si le marché de l’occasion vit de belles heures, de nombreux acteurs ont fait le pari de disrupter leur industrie et sont partis à la recherche de nouveaux modèles économiques : des modèles d’abord basés sur l’usage plus que sur la propriété. Décryptage. 

« Les deux plus beaux jours dans la vie d’un propriétaire de bateau sont le jour où il l’achète et le jour où il le vend » s’amusent souvent à rappeler les plaisanciers du lac Michigan, à Chicago. Et pour cause ! Nombreux sont les freins à l’achat d’un bateau. Outre l’investissement initial, les propriétaires doivent acquitter de nombreux frais récurrents : charges d’escale et de port, coûts d’entretien et de maintenance, carburant et vivres, sans compter les assurances… 

Ces frais supplémentaires peuvent rapidement devenir conséquents. D’autant que les plaisanciers ne profitent en moyenne de leur bateau que quelques semaines par an. On compte aux Etats-Unis plus de 12 millions de bateaux avec une moyenne d’utilisation par bateau de 26 jours seulement par an. En France, on compte deux fois plus de pratiquants occasionnels que de plaisanciers réguliers, pour un nombre de sorties avoisinant 10 jours par an. 

De nouveaux acteurs ont fait de ces milliers de bateaux inutilisés une opportunité en proposant un mode de consommation différent.

On recense deux types d’initiatives. 

La première relève des plateformes caractéristiques de l’économie du partage ayant émergé ces dernières années. Profitant des technologies numériques, elles proposent de mettre en relation les propriétaires d’une embarcation avec d’occasionnels plaisanciers moyennant souvent une commission à la réservation. BoatBound a par exemple réussi à attirer en 3 mois plus de 1500 propriétaires désireux de louer leur bateau. Cette start-up a réuni plus de 5 millions de dollars au cours de différentes levées de fonds et ne compte pas s’arrêter là. 

Moins attendue, le deuxième type d’initiative s’est développée Outre-Atlantique sous le nom de “Boat Clubs”. Ces clubs sont nés soit de l’impulsion de concessionnaires de bateaux à la recherche de nouvelles sources de revenus dans un marché atone, soit de propriétaires de bateaux qui s’associaient en coopérative pour mutualiser leurs coûts. Le principe est simple : en échange d’une cotisation et d’un abonnement les membres peuvent profiter d'une flotte variée, accessible depuis une plateforme numérique. L'entretien et le ravitaillement sont assurés par le Club. Les plaisanciers n'ont qu'à réserver en ligne et profiter du large. 

Loin de menacer le reste de l’industrie, ces initiatives ont permis de rendre accessibles les activités de plaisance à tout un pan de la population qui n’y avait jusque-là pas accès. D’une part les plateformes de partage permettent aux propriétaires d’absorber les coûts d’entretien en proposant leur bateau en location à des plaisanciers occasionnels. D’autre part les amateurs de nautisme s’y retrouvent avec des prix abordables et des offres flexibles, adossées à des services : nul besoin d’un permis bateau, ces plateformes proposent la mise à disposition de skippers expérimentés. Et pour ceux qui hésitaient à investir, les Boat Clubs leurs permettent d’expérimenter les plaisirs de la Haute Mer sans supporter ni le coût d’achat et d’entretien d’un bateau ni les contraintes de sa maintenance. Avantage décisif, ces Clubs permettent de choisir un modèle de bateau adapté aux besoins ou aux envies des plaisanciers, parmi un éventail plus ou moins large. 

C’est bien d’un élargissement du marché dont témoignent aujourd’hui les acteurs de cette industrie. Ainsi, les Boat Clubs voient leur public cible se rajeunir ce qui porte la moyenne d’âge des utilisateurs sous la barre des 45 ans. Cette évolution a de quoi réjouir les acteurs traditionnels du secteur. Thom Dammrich, président de la National Marine Manufacturers Association aux Etats-Unis (l’Association Nationale des Manufacturiers de Produits Nautiques), estime donc que “si le nautisme de pair à pair peut intéresser de plus en plus de monde à la navigation, c’est une très bonne nouvelle pour l’industrie… Plus les gens passent du temps en mer, plus ils sont susceptibles de développer l’envie de s’acheter leur propre bateau”.

Cette évolution du secteur gagne aussi l’Europe. En France notamment, la location de bateau entre particuliers connaît de beaux débuts. Ainsi la start-up Ocean Serenity s’est installée en 2013 à Vannes, en Bretagne et a depuis mené deux levées de fonds auprès d’une douzaine d’investisseurs. Les Boat Clubs font aussi leur arrivée en douceur sur le continent notamment grâce aux concessionnaires américains à la recherche d’offres d’assurances plus compétitives et d’un marché moins saturé qu’Outre Atlantique.

Signe du succès grandissant de la plaisance collaborative, on assiste aujourd’hui à une multiplication d’offres et de services complémentaires à ces nouveaux modèles et qui permettent de redynamiser le secteur dans son ensemble. L’augmentation de la pratique nautique, notamment amateur, va de pair avec un accroissement de l’activité de nombreux professionnels. Ainsi, Jonathan Gourvennes, dont le métier est de s’occuper des bateaux pour une clientèle de propriétaires à distance, s’est associé avec Ocean Serenity et témoigne « Ils [Ocean Serenity] m’accompagnent dans l’échange avec le propriétaire et la réalisation des tâches grâce à des process complets. J’ai élargi ma palette d’activités »

Le sujet n’a pas fini de faire parler puisqu’à l’image d’Uber, il pose de nombreuses  questions juridiques sur lesquelles l’organisme Légisplaisance propose de travailler lors d’une rencontre d’envergure organisée le 3 juin prochain.

 

Sources : 
Making waves in ‘the sharing economy’: Peer-to-peer boat rental companies arrive in South Florida, Nancy Dahlber, Miami Herald.
Ocean Serenity, l’économie collaborative appliquée à la plaisance, Le Petit économiste.
The sharing economy's latest thing: boat sharing, Brigid Sweeney, Chicago Business

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