par Henri Jeantet, fondateur, Stratégie et Design.

L’avènement et la célébration du Big Data et de ses disciplines semblent sonner la mort des sciences sociales, reléguées au rang de reliques universitaires. Comme une revanche des sciences dures, qui n’ont jamais réellement admis le statut scientifique de ces disciplines, ni leur magistère sur la compréhension du sensible. Revanche des ingénieurs contre les universitaires, des chiffres sur l’irrationnel. Une manière d’expliquer, de rationaliser l’humain pour le rendre prévisible, le réduire à un algorithme, le réduire tout court. Rien n’est moins vrai.

La génération exponentielle de données à partir d’un nombre non moins exponentiel de sources, ainsi que notre capacité à traiter ces volumes de données ouvrent des perspectives extraordinaires, et permettent de changer structurellement des parties de nos vies : santé, assurance, finance, et tant d’autres. 

Elle ne change pas un enjeu fondamental : savoir n’est pas comprendre. La science des données est extrêmement utile pour faire émerger des comportements et des corrélations dont on n’avait jamais soupçonné l’existence. Pour créer de la connaissance brute, des constats, qui peuvent immédiatement être utilisés. Par exemple, savoir que les acheteurs de croquettes pour chiens achètent plus de voyages que les autres permet une action commerciale immédiate, à travers un moteur de recommandation. C’est la force du Big Data : il n’est pas toujours nécessaire de comprendre pour agir. 

Mais si l’action demande compréhension, alors les sciences sociales restent indispensables. Et elles sont d’autant plus fortes qu’elles s’appuient sur des faits nouveaux, sur des corrélations qui proviennent du Big Data. Celui-ci est une machine à produire des points de départ, des questionnements : chaque fait nouveau est une énigme à résoudre sur le chemin de la compréhension des individus. Une compréhension qui est indispensable aux entreprises qui voudraient prendre de l’avance en améliorant la vie de leurs clients. 

Le Big Data et les sciences sociales ne sont pas des opposés, et il n’y a pas de revanche à prendre. Mais bien plus une opportunité extraordinaire d’approfondir notre connaissance des personnes, de leur réalité, de leurs désirs, de leurs besoins, pour pouvoir toujours mieux y répondre. Et savoir, enfin, pourquoi les possesseurs de chien cherchent tant l’aventure.

 

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