En ce moment, nous sommes à Austin pour le festival South by Southwest. Entre généralisation des copycats, gig economy, futur du design industriel et surveillance stellaire, voici le résumé de notre premier jour.

Digital Copycats : Escaping Plato’s Cave

Dans le digital, les jours passent et se ressemblent. Facebook s’inspire d’Instagram qui copie Snapchat et, au final, dans un mouvement général de copier-coller, les produits et services digitaux finissent par tous se ressembler tant au niveau de leur design que de leur business models. Pas étonnant, puisque nous adoptons tous les même méthodes, appliquons à la lettre les prescriptions sans se poser la question du fond. Dans une de leurs expériences récentes, Karway NG et Will Anderson ont mené, devant des groupes culturellement très différents, des ateliers d’idéation similaires….pour obtenir sensiblement les même résultats. Il y a pourtant un lumière au bout du tunnel et les conférenciers nous ont livré leurs 3 manières d’échapper au phénomène : 

1. explorer la partie immergée de l’Iceberg : Sortir du syndrome du copycat, c’est se concentrer autant sur la  construction de la valeur d’offre que sur la prise en compte des conséquences et impacts du service ou produit en question. C’est se demander comment construire une relation durable entre restaurateurs et livreurs pour Deliveroo, ou encore que faire de la quantité d’énergie consommée par les services digitaux ? 
2. Réinterroger la manière d'expérimenter: A bien y prendre du recul, nos méthodes de design thinking se sont empâtées dans une approche techniciste au langage obscur et manquant cruellement d’empathie, il est temps de les remettre sérieusement en question. 
3. Le design inconfortable : Nous nous sommes confortablement installés dans l’habitude de nos outils et process de design bien connus. Et si la solution c’était en fait, de se concentrer sur le process, d’en inventer un nouveau à chaque expérimentation, un qui soit réellement adapté à l’objectif poursuivi, totalement sur mesure ? 

Escaping Plato's cave

En bref un conférence intéressante, qui dresse un constat juste et que nous partageons. En revanche les solutions proposées pour s’en sortir restent conceptuelles

 

Self Employment and the future of Financial Services

Aux USA, de 2012 à aujourd’hui, la part de la population active étant enregistrée comme travailleur indépendant est passé de 30 à 40%. Les quatre panélistes : Isaac Mandon de Venrock, Sheel Mohnot de 500 Startups, Tad Milbourn de Payable et Colleen Poynton de Core innovation Capital, nous expliquent les raisons de ce passage du salariat à l’indépendance .

D’abord, la technologie facilite le travaille des indépendants. Les plateformes, par exemple, leurs permettent d’être facilement mis en relation avec de nouveaux clients. On ne peut non plus nier qu’une nouvelle tendance générationnelle se dessine, avec une aspiration à plus de mouvement et de flexibilité qu’avant. La réglementation elle-même tend à favoriser le phénomène, alors que la crise débutée en 2008 à vue les entreprises augmenter leur part de contrats d’indépendants, à l’insu des contrats salariaux.

La bonne nouvelle, c’est que ce changement n’est pas passé inaperçu et que beaucoup de solutions existent pour répondre aux besoins de ces pratiques émergentes. A l’image de Payable qui offre un service de paie et donc de médiation entre plateformes et travailleurs à la demande . La mauvaise, c’est que ce n’est pas assez ! 30% des indépendants avouent rêver d’un emploi salarié. De plus, la majorité d’entre eux n’arrive pas à sortir du référentiel du salariat : ils peinent à anticiper leurs gains réels, à gérer leurs cotisations et taxes, sans même parler de leur retraite ! Et si, comme nous l’avons dit plus haut, des solutions existent, elles sont confrontées à 2 obstacles : d’abord, pour devenir rentable, elles sont obligées d’orienter leur business model vers les plateformes, et non les travailleurs, ensuite, la réglementation entre Etats aux USA est tellement fluctuante qu’il est difficile d’imaginer une solution scalable.

Pour finir, cette conférence prend la forme d’un réel appel à la prise de conscience : comment assurer une majorité de la population qui change de job toutes les heures ? comment préparer le futur de l’automation ? comment repenser les écoles afin qu’elles préparent au statut d’indépendant multi-jobs et multi-compétences ? L’enjeu est gigantesque...et il est pressant.

 

Humans, Machines & the Future of Industrial Design

Les machines peuvent étendre nos capacités physiques ou mentales et les algorithmes qu’elles embarquent ne sont rien d’autre qu’une série d’instructions qu’elles exécutent à notre place. Les tâches humaines pénibles et/ou répétitives sont ainsi devenu massivement automatisables, et nous sommes même passés dans une nouvelle ère, avec la naissance de l’intuition informatique, et notamment avec l’AlphaGo

Mais les machines peuvent-elles faire de l’art ou du design d’objet ? oui ! On dit souvent que les humains ont une part inimitable de créatif et d'émotionnel, mais c’est oublier que c’est bien de nous que les machines apprennent ! La réelle question à se poser devient alors : qu’aimerions  nous leur apprendre ? ‘Quelles sont les règles fondamentales à suivre pour devenir un bon designer ‘, c’est la question qui a été posée aux designers d’IDEO afin d’apprendre leur métier aux machines. Et voici quelques réponses : 

“Jouer avec les métaphores, toujours faire confiance à son instinct créatif rester simple, pas plus de 2 couleurs, exagérer la hiérarchie, Adopter la sérendipité …”

Les machines pourraient-elles ainsi instruites, juger de ce qui est joli ou moche ? évaluer ce qu’est un bon design ? C'est en fait une réalité qui existe déjà ! Squarespace et thegrid permettent de générer des design de site web. Les dessins sont désormais transformables en masses, les couleurs en codes. Disney a même élaboré une grammaire des émotions pour ses personnages. Pip Motherstill, du MIT Media Lab, va encore plus loin en associant des formes à sa grammaire de 8 émotions primaires. Le MIT en a fait un prototype permettant de générer des objets à partir d’un mot ou d’une émotion.

wrong design

Si tout ceci réside encore dans le domaine du très rationnel, l’étape suivante consiste à faire porter une personnalité, une inspiration au design. Cela pourrait être rendu possible par l’insertion du hasard dans l’équation, comme l’a fait le MIT dans cet exemple. Pour conclure, la nouvelle équation du design industriel peut se résumer ainsi  : 

Nouveau design industriel = Éléments calculés + Intuition x Personnalité

Pourrait-on imaginer un jour un programme Steve Jobs, qui créerait des produits comme Steve Jobs ?

 

Eyes In The Sky: The Future of AI and Satellites

La caméra est en passe de devenir le capteur universel, capable de tout mesurer, et avec l’imagerie satellite, nous sommes désormais même capables d’apprécier et de mesurer l’activité humaine sur Terre, comme nous ne l’avons jamais fait auparavant. Rajoutez, dans ce mix de technologie déjà existante (GPS, Satellites, Internet), un peu d’Intelligence Artificielle, nous explique Pavel Machalek, co-fondateur de Spaceknown, et vous serez capables, à partir de l’interprétation d’images seulement, de mesurer énormément d'indices macroéconomiques : index de l’activité économique de la Chine à partir du décompte en continue des usines, décompte des voitures sur les parkings, suivi du niveau mondial de stock de pétrole  à partir de l’observation des camions-citernes dans les raffineries, ou encore observation de l’évolution de la répartition zone urbaines vs zones non-urbaines… les exemples sont multiples !

Capable d’extraire les informations des images, l’Intelligence Artificielle peut donc suivre l’évolution des infrastructures humaines, en extraire des indicateurs, les corréler entre eux et, à terme, aider à la construction d’infrastructure durables et plus efficaces, prenant en compte les enjeux à un niveau planétaire. Ainsi, l’IA permet-elle de porter un regard nouveau sur l’imagerie et la donnée satellite, la question qu’il reste à résoudre, c’est comment les utiliser pour les mettre au service de l’humanité ?

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