Troisième jour sous le ciel nuageux d'Austin, mais dans le festival du SXSW, ça ne l'était pas. Nous avons entendu parler d'objets connectés, du futur des interfaces et de développement international. On vous raconte ? 

Designing for the Internet of Things

Ce dimanche soir, ce sont 4 fabricants d’objets connectés qui viennent nous parler des enjeux auxquels ils font face. Automatic, dispositif d’alerte en cas d’accident avec sa voiture, Whistle, collier GPS pour retrouver son chien, Ringly, qui fabrique des bijoux connectés et enfin Thington, qui facilite la gestion des objets connectés de sa maison.
Ils commencent par rappeler qu’un produit IoT (Internet of Things), c’est un produit ET un service. Le corollaire est donc ‘obvious’ : le premier enjeu d’un produit IoT n’est pas seulement d'intéresser le public à un énième objet connecté, mais bien de construire une solution ayant durablement de l’intérêt aux yeux des gens.Le principal défi de conception, devient alors la mesure de cet intérêt, puisque l’objet est censé faire ce qu’il à faire par lui-même,sans entrer dans une interaction permanente avec son utilisateur. Malia Eugenio, Product Designer chez Whistle, l’illustre par son collier connecté : une fois le collier est installé l’interaction est terminée, les gens en auront surtout besoin s’ils perdent leur chien. Un autre exemple nous est donné par Ethan Winchell, directeur hardware chez Ringly, nous explique dans un autre exemple, que l'intérêt des individus pour les notifications sur leur bijou se mesure par un indicateur négatif : le fait que la personne regarde moins son téléphone.
Le second enjeu concerne le volume de données générées, qui offre un nombre important de possibilités fonctionnelles, mais il est important de savoir faire la différence entre ce que l’on peut faire et ce que les gens veulent vraiment. Il existe en effet un fort risque d’incompréhension. Comme le raconte Malia Eugenio, son collier permet de savoir si le chien sort de la zone de sécurité, et également s’il atteint des objectifs d’activité fixés par le maître. Ils ont également tenté de lancer un réseau social pour chiens (dog instagram), mais ce fut un échec. Ils ont donc été contraints de revenir en arrière et rester sur le bénéfice n°1 pour les gens : Où est mon chien ? 
Au delà de cela, le dernier enjeu, lié au précédent, est de se concentrer sur les fonctionnalités qui n’usent pas la batterie pour rien, surtout pour des objets qui doivent se recharger.

 

Elastic interfaces for your body

De quoi sera fait le futur des interfaces ? Alors que la presse prévoit l’évolutions des interfaces digitales vers plus de conversation, voire vers plus de ‘vocal’, pour Benjamin Bollmann, Head of Science Programs chez swissnex, et Grégoire Courtine et Stéphanie Lacour, tous deux professeurs à l’Institut Général de Technologie de Lausanne, le futur de l’interfaçage rime plutôt avec implants et corps humain.

Les prothèses jouent déjà un grand rôle dans ce domaine, mais pendant longtemps, nous manquions d’un lien, d’une interface, entre la prothèse et le système nerveux. D’ailleurs des interfaces implantées dans le corps humain, appelées neuroprothèses, existent déjà. Fabriquées avec un matériau souple, elles peuvent agir sur les troubles de l’audition ou la maladie de Parkinson, par exemple. 3000 personnes atteintes de surdité profonde vivent aujourd’hui avec l’un de ces dispositifs : l’implant cochléaire.
Mais la prothèse mécanique constitue encore un grand défi parce qu’elle nécessite d’utiliser des matériaux souples, comme les tissus du corps humain, pour ne pas être rejetée. Il faut ensuite pouvoir créer un dialogue, un échange de données au travers de ces tissus, c’est là que la technologie peut intervenir.Récemment, la science est allée encore plus loin. Des chercheurs de l’école fédérale de polytechnique de Lausanne ont conçu une « interface cerveau-humain », qui permet de détecter l’intention de mouvement du cerveau et de stimuler la colonne vertébrale pour qu’elle ordonne l’exécution du mouvement. Des expériences concluantes ont été menées sur des singes l’an dernier, et des tests sur des humains ont commencé. Le futur des interfaces, entre le cerveau et le reste du corps humain, est déjà tout proche.

 

Technology solutions in international development

Les nouvelles technologies sont un moyen formidable pour l’aide au développement car elles permettent de déployer des solutions plus rapidement et à des coûts toujours plus faibles. Mais ces solutions ne sont pas toujours adaptées au contexte local et peuvent alors se révéler inefficaces. Comment, dès lors, engager un processus d’aide au développement fondé sur les bons problèmes ? Comment faire en sorte que la technologie fasse sens dans la vie des personnes et ainsi convaincre les futurs utilisateurs d’essayer quelque chose de nouveau ?

Un des principes fondamentaux du design de solutions efficaces dans l’aide au développement est la pertinence. Les pays en développement sont en train de vivre une petite révolution grâce à la technologie. Certaines populations très actives dans leur usage des nouvelles technologies renversent les équilibres de pouvoirs, laissant les élites locales à la ramasse. Aussi, il faut penser la technologie comme un savoir-faire, voire un artisanat, plutôt que comme une science. Par exemple, les docteurs bangladais sont imbattables lorsqu’il s’agit de soigner des habitants de leur pays. Ils ont acquis cette expertise par un savoir-faire local et des technologies accessibles. Dans les pays à bas revenus, l’usage de la technologie est d’ailleurs souvent partagé au sein d’une communauté, plutôt que l’apanage d’individus isolés. Penser le design à partir des besoins des gens y est d’autant plus crucial que le contexte de vie est parfois radicalement différent.

Pourtant, la culture du test & learn n’est pas encore suffisamment répandue dans les ONG, les institutions gouvernementales et leur processus de financement de projets. Peu de ressources sont concentrées pour identifier les bons problèmes. Or, les bonnes intentions ne garantissent pas la pertinence et donc l’efficacité des solutions ! Il faut désormais travailler à développer une approche plus holiste qui inclut les usages et besoin locaux, plutôt que d’imposer des solutions à l’occidentale. Les objectifs doivent notamment être revus en mesurant l’usage et l’impact réel, plutôt que le seul nombre de solutions déployées. Il suffit d’ailleurs de s’inspirer du secteur privé pour opérer ce changement : face à des marchés compétitifs, la plupart des entreprises relèvent le défi en intégrant systématiquement des acteurs locaux dans leur démarche de compréhension et d’intégration régionale. Au-delà des enjeux technologiques, elles créent des partenariats pour acquérir la connaissance du terrain.  
Aujourd’hui encore, et malgré l’adoption massive des technologies, l’aide au développement continue d’opérer en vase clos : les décisions sont prises à distance, déconnectées des utilisateurs finaux, conduisant donc à des solutions sans impact réel. Rappelons-nous d’une chose : comprendre l’utilisateur final n’est jamais un acquis.

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