Cet article a été initialement publié sur Petit Web

Qui ?
Henri Jeantet, David Marti et Ludovic Besset, co-fondateurs du cabinet de conseil en stratégie et en innovation unknowns, partenaire de Petit Web dans la couverture de l'édition 2017 de SXSW.

Quoi ?
Ce qu'il faut retenir de SXSW 2017, le grand rendez-vous des acteurs de la tech et du numérique, qui avait lieu à Austin du 10 au 19 mars.

Comment ?

- Ce n'est pas votre première fois à SXSW : qu'est-ce qui motive votre présence à Austin, en si grand nombre ?

DM : En tant que cabinet de conseil en stratégie et en innovation, nous nous intéressons avant tout aux idées (plutôt qu’aux objets et solutions présentées au CES). Notre but est d'avoir accès à l'état de l'art de la pensée sur la numérisation du monde : il n'y a qu'ici qu'on peut le trouver.

HJ : En effet, c'est l'une des rares conférences à travers le monde à concilier à la fois la largeur et le fond : la largeur avec la variété des sujets et des intervenants, le fond avec la qualité des réflexions et des visions.

LB : SXSW, c'est notre piqûre de rappel annuelle, le moment de l'année où nous mettons à jour nos convictions et notre vision.

- Justement, sur le fond, que retenez-vous de cette édition ?

HJ : On observe un mouvement très clair se dessiner. Il y a trois ans, la tech voulait tout détruire, les discours tournaient autour du thème "les groupes traditionnels n'ont rien compris, les start-up vont tout bousculer". Si on suivait cette perspective, il ne resterait à terme que des plateformes. C'était une vision très radicale. L'an dernier, les questions d'éthique ont commencé à apparaître, avec une réflexion sur l'uberisation et ses conséquences, vue comme une radicalisation du capitalisme plus que comme une révolution. Mais tout cela restait au niveau théorique. Cette année, on a avancé, avec une réflexion pratique sur la responsabilité et la pérennité des modèles..

- Comment se traduit cette notion de "responsabilité" ?

HJ : Notamment par l'idée qu'il faut prendre en compte tout l'écosystème derrière l'innovation, tous ses impacts. Jusqu'alors, on développait une application, un service, avec une vision uniquement centrée sur l'utilisateur. Là, on sent une volonté d'avoir une vision systémique des sujets, on commence à s'intéresser aux intérêts de tous les acteurs, au fait de s’insérer localement... Bref, une pensée alternative, moins destructrice que l'ubérisation. Très clairement, Uber n'est plus le héros qu'il était il y a deux ans.

LB : La ville d'Austin est d'ailleurs emblématique de ce mouvement : Uber et Lyft ont quitté la ville à la suite de décisions de la municipalité, mais des applications purement locales, comme Ride Austin et Fasten ont pris leur place. Celles-ci fonctionnent différemment : elles sont moins dans des logiques de sur-croissance et d'extraction de valeur. Des acteurs comme Airbnb ou Uber deviennent tellement gros qu'ils ont perdu la capacité d'avoir un ancrage local, ils ne peuvent plus apporter un service vraiment adapté aux besoins des gens sur le terrain.

- S'il n'y avait qu'une intervention à retenir de cette année parmi les centaines inscrites au programme ?

HJ : Celle de George Hotz, de comma.ai. C'est un hacker fou qui a une approche radicalement différente sur la conduite autonome : il construit dans son garage un système à 700$, installable dans n'importe quelle voiture. Il considère que Google fait fausse route : il ne s'agit pas de construire un système où les voitures conduisent à la perfection, mais plutôt comme des humains, pour mieux s’insérer dans le trafic existant. Pour cela, il cherche à accumuler un maximum de données de conduite, et donc vise à déployer au plus vite sa technologie.

DM : La table ronde "How Data Science Can Help Avoid the Next Recession", avec Spaceknow, une entreprise qui utilise les données satellite pour construire des indices macro-économiques, en comptant les voitures dans les parkings des malls, par exemple. Surtout, ils sont capables de proposer une analyse des évolutions sur 20 à 25 ans.

LB : Celle du maire d'Atlanta, qui racontait la transformation de la ville en "smartcity". Pour lui, le rôle de la ville est de proposer les infrastructures qui vont permettre aux entreprises de se développer et aux individus de se réapproprier l'espace. Ces infrastructures intègrent les capteurs, les données et tout ce qui permet à un écosystème de se développer par dessus. Pour lui, le rôle de la puissance publique est là, pas dans la construction des services eux-mêmes.

- Cette année était un peu particulière pour vous, puisque vous étiez parmi les intervenants. Qu'avez-vous retiré de cette expérience ?

DM : L'idée était de partager notre manière d'envisager l'innovation et nos méthodes de travail. On parle beaucoup de design thinking, tout le monde dit qu'il en fait, mais à notre sens, personne ne le fait vraiment en profondeur. Notre approche repose sur des protocoles académiques, issus des sciences sociales, pour identifier des insights actionnables qui permettent soit d'améliorer les offres ou les produits existants, soit d'identifier de nouvelles opportunités de business.

LB : Notre vision, c'est qu'avant même de créer avec les utilisateurs, il faut déjà commencer par essayer de les comprendre et voir ce qu'il se passe concrètement dans leur vie. Et pour comprendre, il faut élargir le cadre, regarder au-delà de la question que l'on se pose initialement.

HJ : La présentation de nos méthodes a suscité beaucoup de questions : comment fait-on pour de vrai, comment convaincre sa hiérarchie que c'est la bonne approche, qu'il ne faut pas se baser uniquement sur des data... Intervenir à SXSW c'est une manière de légitimer notre approche : nous sommes passés au travers du processus de sélection alors que nous sommes Français et que le sujet est très majoritairement dominé par les américains.

Propos recueillis par Benoit Zante, pour Petit Web

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