par Sophie Drazic

Les 11 et 12 avril derniers nous étions présents à la conférence Leade.rs Paris, organisée par Loïc LeMeur. Difficile de s’y retrouver tant le contenu y était hétérogène, contrairement au Websummit dont la spécificité se construit autour des startups ou encore au SXSW qui se spécialise sur des contenus de haut niveau. Malgré les grands noms et thèmes à l’affiche, certaines conférences nous ont laissé sur notre faim, comme celle d’Hyperloop qui n’a délivré aucun détail sur le projet (vont-ils transporter des passagers ?!) ou du future of dating qui s’est résumée à la description de la startup Happn. Certaines conférences ont cependant retenu notre attention, en voici les résumés.

 

L'avenir de l'investissement

Jeff Clavier, Managing partner à SoftechVC et Carolina Brochado de Atomico sont venus nous donner leurs perspectives respectives sur les tendances actuelles d’investissement. 

Aux Etats-Unis, l’année 2016 a été marquée par 2 tendances contradictoires. Alors que les fonds en capital-risque ont levé un montant record depuis 2000 (41 Mds $), leurs propres investissements sont en déclin (-14%). Les experts parlent d’une ‘normalisation de l’industrie’ que Jeff Clavier voit d’un oeil positif en prédisant un futur du capital-risque plus sage et qualitatif. Les Etats-Unis et la Silicon Valley, devenue trop chère, perdent aussi en influence : 45% de l’industrie se fait désormais hors USA avec l’apparition de pôles régionaux plus ou moins spécialisés. De leur côté les fonds étatsuniens n’hésitent plus à investir à l’étranger et à inciter les entreprises à développer une partie de leur activité ailleurs.

Sur le vieux continent le capital-risque se développe, avec une année 2016 record. Le nombre comme la taille des fonds en capital-risque augmentent continuellement. Cette croissance est soutenue par l’apparition de nouveaux pôles hors des champions anglais et allemands. Enfin, si les exits sont souvent ‘petits’ et locaux, ils devraient s’accélérer face à l’engouement des grandes entreprises européennes pour le rachat de startups.

Concernant les investissements dans le futur proche, la mode est à l’Intelligence Artificielle et à l’autonomie aux Etats-Unis. La fintech continue à intéresser ainsi que les ‘frontier tech’, un terme un  peu flou qui sert à désigner toutes ces technologies dont les applications sont encore exploratoires comme la biotech, la spacetech, la réalité augmentée...Alors que le SaaS fait encore rêver les investisseurs européens, Jeff Clavier de SoftechVC évoque plutôt le hardware, mais attention seuls les entrepreneurs expérimentés peuvent espérer recevoir des investissements de ce côté, contrairement au ‘software enabled hardware’ (ex : objets connectés). En tout cas, pas de doute, les services ‘on-demand’ sont, eux, sur le déclin.

 

Le future de la santé

3 conférences ont mis le thème de la santé à l’honneur : Daniel Kraft de la Singularity University est venu nous présenter sa vision du futur de la santé, quand Ricardo Sabatini et Sam de Brouwer nous ont présenté leurs projets respectifs : Orionis Biosciences et doc.ia.

D’après Daniel Kraft, la manière dont nous concevons la médecine change et passe d’une gestion ponctuelle et épisodique de la maladie a une réelle gestion en continuité de la santé, plus prédictive, préventive et proactive. La convergence d’un ensemble de technologies permettra aussi de faire face à des défis sanitaires de taille : augmentation des coûts, vieillissement de la population, inefficience de l’information, accès aux soins...

Côté patient, l’accent est mis sur la santé et la prévention. Alors que 8 comportements à risques représentent aujourd’hui 80% des coûts sanitaires, de nombreuses solutions permettent aujourd’hui de suivre et mesurer en continu le comportements et les données physiologiques des gens à l’aide de capteurs. Ces systèmes sont ensuite complétés de diverses manières : diagnostic par IA, coaching comportemental via chatbot, mise en relation avec un spécialiste…à l’image de doc.ia.  Si les solutions se multiplient l’enjeu se situe aujourd’hui au niveau de leur imbrication.Daniel Kraft imagine un système inspiré des voitures : nous n’avons pas à nous soucier de l’ensemble des capteurs dont elles sont équipées, seulement à vérifier si un voyant ne s’allume pas au démarrage.

Côté professionnels de la santé, les avancées sont aussi considérables. La technologie permet aujourd’hui de démocratiser certaines pratiques (séquençage génétique...), et fait donc avancer la recherche en réduisant très largement les coûts. Ainsi Orionis Sciences travaille sur le développement d’une plateforme d’IA permettant de de déterminer avec précision les effets d’une molécule (et donc d’un médicament) sur notre corps. A terme, cela pourrait révolutionner la conception de médicaments, activité inefficiente, chronophage et coûteuse. L’IA pourrait ainsi permettre de mieux appréhender les multiples interactions au sein du corps et promouvoir une médecine personnalisée, de précision et de complexité. Quant à la réalité augmentée, elle sera utile tant pour la formation du corps médical qu’en tant que traitement, puisque de récentes études ont démontré qu’elle était plus efficace que certains opiacés pour gérer la douleur.

 

Réalité Virtuelle et Réalité Augmentée

Timoni West de Unity Labs et Helen Situ de Virtual Reality pop sont toutes deux intervenues sur le sujet.Si ces nouvelles technologies font parler d’elles, elles ne sont toutefois pas encore à un stade d’adoption optimal et ce pour plusieurs raisons. La technologie reste d’abord chère, et nécessite d’importants investissements annexes au fameux casque (ordinateur /tv) qui n’est d’ailleurs pas très pratique. En outre il est difficile d’en expliquer la valeur ajoutée à une personne ne l’ayant jamais essayé. Couplé à un manque de contenu et de killer app (coûteux à produire), les casques de VR/AR sont donc des produits encore difficiles à vendre. 

Ceci étant, les 2 conférencières prévoient un avenir fructueux pour la VR/AR dans plusieurs domaines tels que l’éducation et la formation, l’industrie, le secteur des logiciels de création, l’architecture ou encore la médecine. En ce qui concerne le grand public, elles estiment que la technologie prendra réellement son essor lorsqu’elle permettra une immersion dans des mondes créés par les utilisateurs eux-même, tout en y associant de la sociabilité (possibilité d’immersion à plusieurs). A la question de savoir qui de la VR ou de l’AR gagnera la bataille, la réponse est ni l’une, ni l’autre, les pratiques futures seront probablement mixtes, et la répartition se fera selon les usages (à l’image de la répartition desktop / smartphone) avec des dispositifs très complets et immersifs pour la maison et des dispositifs plus mixtes et légers en déplacement.

Mais avant d’en arriver là il reste du chemin à faire : passer du casque aux lunettes, et de la réalité virtuelle à la réalité mixte, développer des standards afin de ne pas avoir à faire le choix entre une solution et un contenu google/ facebook/ playstation...

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