26, Compte Nickel, BNP Paribas, et d’autres grands noms de la banque et de la fintech étaient rassemblés à Vivatech 2017 pour nous raconter leur vision du futur du secteur. De l’expérience client au modèle de “banking as a service”,  2 grandes problématiques sont à retenir : d’abord le futur des services financiers et leur adéquation avec les désirs imaginés ou réels des utilisateurs ; ensuite le rôle et la place des différents acteurs dans ce secteur en transformation.

1- Quel futur pour les produits et services financiers ?

Pour Nathalie Doré (Atelier BNP Paribas) et David Sosna (Personetics), le futur bancaire est limpide.  Hier, les banques proposaient des offres génériques à leurs clients ; demain au contraire, les clients intéragiront avec une plateforme réunissant leurs différentes informations financières (banques, assurances…). La centralisation de toutes ces données sera réalisée en amont en accompagnant les utilisateurs dans la gestion de leurs finances personnelles, avec par exemple des dispositifs d’aide à l’épargne, d’alertes pour des  dépenses personnalisées ; etc. Ce dispositif sera éventuellement complété par une sélection d’offres financières émanant de divers établissements (crédit…) et triées selon leur adéquation avec le profil et le projet de l’utilisateur. Les méthodes d’évaluation des profils clients seront elles-même amenées à changer, soit en enrichissant le scoring traditionnel par des récoltes de données diverses (contexte familial, réseaux sociaux…), soit en utilisant de nouvelles techniques telles que la modélisation des habitudes et comportements de dépenses.

 On le comprend, la banque ambitionne à la fois de devenir ouverte et précise. Nombreux sont les acteurs à s’engager dans cette direction. Au sein de son offre, la néobanque N26 prévoit ainsi de mettre en concurrence des solutions de crédits de banques tierces, notamment lorsqu’elle estime ne pas être en mesure de supporter le risque elle-même. 

Pour les intervenants de la conférence “Banking on customer experience”, il s’agit désormais d’accélérer la transition vers une expérience personnalisée, à la demande, et surtout, sans coutures. Mais le futur de la banque de détail ne s’imagine pas nécessairement en suivant celui de la grande distribution. D’ailleurs Hugues Le Bret, fondateur de Compte Nickel, nous raconte la surprise qu’il a éprouvé lorsqu’il a constaté que son service, pensé en priorité pour les personnes débancarisées, rencontrait un franc succès auprès de ménages l’utilisant tout simplement pour éviter un découvert bancaire. Conclusion ? Les finances ne fonctionnent pas comme un produit de grande consommation ! Notre dernière étude sur la monnaie va d’ailleurs dans ce sens : dans la vraie vie, les individus se servent des contraintes et des frictions comme des outils pour gérer leurs finances personnelles. Tout produit digital gagnerait à prendre en compte ces tactiques quotidiennes.


2- Quelle place pour la banque dans le futur ?

Après avoir un temps rêvé de court-circuiter les banques, les fintech ont revu leurs ambitions et les collaborations fleurissent désormais entre acteurs historiques et nouveaux arrivants. Un constat confirmé en surface par les différents intervenants à Vivatech, qui se sont renvoyés la balle pour expliquer les bénéfices d’une telle approche. De leur côté, les jeunes pousses apprécient l’appui des institutions financières notamment sur le volet de la confiance et de la conformité réglementaire. Du côté des acteurs historiques, Sophie Heller (BNP Paribas) et Nathalie Lahmi (Allianz) expliquent que ces collaborations leur permettent de  s’approprier des nouvelles technologies et méthodes de travail, et de mieux centrer leurs pratiques sur les  utilisateurs.

En réalité, l’équilibre partenarial entre ‘petits’ et ‘grands’ semble instable, et il conviendrait de parler de ‘cohabitation’ plutôt que de ‘collaboration’.
    En prêtant attention au discours de Sophie Heller, on a le sentiment qu’elle s’excuse à demi-mot de la lenteur des banques pour transformer les besoins utilisateurs en de réels services, et qu’elle s’empresse de détailler ce que le groupe a mis en place pour palier à ces lenteurs pour les startups partenaires. 
    L’instabilité du partenariat se révèle évidente lorsque le modérateur, Laurent Nizri d’Alteir Consulting interroge les intervenants sur le futur du secteur. Ainsi Nigel Verdon (Railsbank) affirme : “Nous n’avons pas besoin de banques mais d’un système bancaire global”, lors d’une conférence mettant en lumière le modèle du “banking as a service”. Selon lui, les banques auront uniquement vocation à capitaliser sur leur conformité réglementaire et leur ‘core banking system’, pour mettre à disposition des fintechs différents services (émissions d’IBAN, de cartes bancaires)... Les fintech s’occupant de l’aspect utilisateur final, bien sûr.. Idem pour la nouvelle réglementation européenne qui potentialise l’avènement de l’open banking en obligeant les banques à partager les données clients avec des fintech tierces afin de les aider à construire des services plus utiles.

    Quelque soit le scénario adopté, donc, il semblerait que la garantie de confiance et de conformité soit le seule réelle utilité de la banque. Proposer des solutions similaires à celles des fintech est une alternative ; mais cela suppose alors d’accepter de s’ouvrir à de nouvelles logiques, telles que la marketplace... Les banques tergiversent, il semble qu’il leur soit pour l’instant difficile de choisir une voie plutôt qu’une autre.
 

Comment