Comme chaque année, nous nous sommes rendus à Futur en Seine le 8 juin dernier. Une belle journée placée sous le signe de la “Tech for Good” et de la “Smart City”. L’agenda était dense, les thématiques multiples, les questions ambitieuses et les intervenants prometteurs. Mais en dépit d’initiatives intéressantes, nous n’avons eu que peu de réponses aux thématiques et aux questions posées dans le programme.

On vous résume ce que l’on a vu et appris.

La Tech au service de la solidarité et de la Smart City : un outil pour calibrer et organiser l’action

Smart City désigne "un lieu où l’on utilise les data et la tech pour améliorer la vie des gens”. Selon l’intervenante qui donne cette définition, la technologie doit “questionner la Smart City, impacter le développement de la ville et aider les individus à mieux communiquer”. Compliqué au premier abord, mais pour les intervenants une chose est sûre, c’est l’utilisation des données qui est au coeur de ces nouveaux usages technologiques.

En effet, les intervenants insistent tous sur le rôle essentiel des données dans les services “for good” d’aujourd’hui et demain. Voici par exemple deux initiatives dans la mobilité :

  • celle de l’Agence Française pour le Développement (AFD) qui a mené un projet au Ghana sur la mobilité : des étudiants ont été équipés en smartphones pour utiliser des minibus et recenser les trajets et le nombre de passagers. Ce travail de recensement de données a permis de cartographier le réseau de transport réel et améliorer l’offre de transport de la ville testée.
  • celle de Francis Chabouis, ingénieur et entrepreneur d’intérêt général pour Etalab, mission pilotée pour le ministère de l’Intérieur avec pour objectif de “faire entrer dans l’administration publique des talents du numérique”. Au cours d’une mission de 10 mois, Francis Chabouis a cartographié des données d’accidentologie et de verbalisation dans Paris. L’analyse de ces données a permis d’aider les acteurs publics à agir sur la sécurité routière. 

Selon Francis Chabouis l'administration fait face au paradoxe suivant : alors que les citoyens sont en contact permanent avec les acteurs publics (infrastructures routières, immobilières, de santé, services de la ville,...), ces derniers parviennent difficilement  à collecter et traiter ces données pourtant accessibles

 

D’autres intervenants se sont aussi exprimés sur l’enjeu de la collecte de données. Ils nous ont expliqué leur manière de procéder. Parmi plusieurs associations d’aide aux personnes, nous avons vu :

  • Gaia Marcus travaillant pour Centrepoint, sur le projet Youth Homelessness Databank, qui s’occupe des jeunes sans domicile au Royaume-Uni.
  • Refuhelp, association française issue d’un hackathon, qui vient en aide aux migrants dans leurs démarches lors de leur arrivée en France.

 

Ces acteurs de la “Tech for good” s’accordent sur la nécessité de collecter des données complètes et fiables. Gaia Marcus nous expliquait qu’elle était capable de mieux mesurer le nombre de jeunes sans-domicile concernés afin de mettre en place un réseau d’aide adapté. Pour l’AFD également, qui a pu grâce à sa collecte massive de données, constituer le premier plan des lignes de bus d’une ville, et faire émerger la mauvaise utilisation des licences fournies par l’État à des sociétés privées. 

Cette capacité à calibrer et à mener des projets efficacement grâce aux données sera selon eux un enjeu majeur des acteurs de la “Smart City” demain, avec un volume de données et un champ d’application toujours plus large.

 

Vers quel modèle d’organisation collective la “tech for good“ conduit-elle ?

Collecter et traiter les données, ce n’est pas la même chose que d’offrir des services basés sur le traitement de la donnée. Il s’agit de deux métiers différents. Or les ONG que nous avons rencontrées à FENS exercent aujourd’hui ces deux métiers. Le problème est qu’elles n’ont pas forcément la célérité ou la pertinence pour faire les deux ; ce qui est intéressant, c’est que nous avons vu un autre type d’acteur, qui fournit une plateforme de collecte et gestion de données, Ushahidi. Le modèle d’Ushahidi repose sur la mise à disposition de services de crowdsourcing en “freemium”.

On peut facilement imaginer que les enjeux de collecte et de traitement de données des associations / ONG puissent être pris en charge par ces acteurs “intermédiaires”, dans le but qu’elles réallouent leurs efforts sur l’aspect social et humanitaire, en fournissant un service digital ou non. 
Cependant, il ne faut pas négliger que ces acteurs “intermédiaires” pourraient être, de par leur coeur de métier, les sociétés privées expertes de la data, malgré leur positionnement différent de ceux des acteurs présents à Futur en Seine.

Cette myriade d’acteurs - aux intérêts variés - possiblement impliqués dans la “tech for good” soulève alors la question de l’organisation collective et des acteurs légitimes dans ce domaine. “For good” signifie-t-il prérogative de l’État et des associations ? Est-il utopique de croire les sociétés privées capables de concilier intérêt économique et intérêt général ? Souhaitable ?

À FENS, l’État et les associations se positionnent comme les acteurs les plus légitimes de la “tech for good”. Leur problème : ne pas disposer aujourd’hui de tous les outils ou ressources nécessaires à la collecte et au traitement de données. À l’opposé, les sociétés privées disposent des compétences et ressources technologiques, mais cela ne suffit pas à les désigner comme légitimes dans la prise en charge des problèmes publics. 

Si la conférence a peu traité de ce sujet, une question reste en filigrane : comment  les citoyens choisiront de répartir les rôles et la confiance entre les acteurs (publics ou privés) dans la “smart city” ? Ce choix pouvant également se lire comme un arbitrage entre deux besoins : d’un côté, garder le contrôle de sa vie privée ; de l’autre, donner accès à ses données pour bénéficier de services innovants.

Concrètement, les conférences sur la “Tech for Good” de Futur en Seine ont mis en exergue deux éléments :

  • Premièrement, le secteur de la “Tech for Good” doit s’organiser et se structurer autour de différents acteurs, pour savoir qui peut et qui doit faire quoi. Les acteurs traditionnellement légitimes pour des actions d’aide et de service public ont compris l’enjeu du virage technologique, et visent aujourd’hui l’excellence du domaine privé.
  • Deuxièmement, la question des usages. Malheureusement peu d’intervenants ont abordé ce thème, probablement du fait du format très court des conférences. Nous aurions aimé en apprendre un peu plus sur l’équipement des populations, leur réception de ces technologies, leurs usages et les besoins à venir pour améliorer le service. 
     

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